
Les patients sont en charge de l’asile.
En 1977, le docteur Samuel Roy Meadow, pédiatre à l’hôpital Universitaire de Leeds, introduit le terme de Syndrome de Münchausen par Procuration. Différent du Syndrome de Münchausen de part le fait qu’il se concentre sur le parent d’un sujet, et non un sujet lui même. Ce syndrome, présente un parent, très souvent une mère, exposant son enfant à des batteries de tests, examens, et traitements complètement inutiles ou exagérés. Le tout, bien évidemment, pour attirer une forme d’attention et de compassion envers soi. Et non envers l’enfant, ça serait con. Le Syndrome de Münchausen classique, lui, touche le plus souvent des personnes âgées. Dans l’espoir de passer du temps avec leurs familles, ou juste pour du contact humain, les personnes âgées, isolées, s’inventent des maladies et autres pathologies pour être prises en charge. Cette prise en charge leur fournit une certaine chaleur humaine qu’ils n’auraient pas eu autrement, selon eux. Le COVID étant has been, et tout le monde ayant ses doses (Moi j’dis allons y quoi), on va pouvoir regarder la véritable épidémie de notre temps, l’hypocondrie des cerveaux.
Il fut un temps, pas si lointain d’ailleurs, ou lorsqu’un enfant était un petit con, il était acceptable pour l’institution éducative d’intervenir, de convoquer les parents, et de les informer que leur enfant était un petit con. A leur tour, les parents intervenaient, et essayaient de régler le problème. L’enfant était-il vraiment un petit con, et si oui, comment faire en sorte qu’il le soit moins ? Aujourd’hui, les parents ont mieux fait de l’emmener chez le psy, le faire diagnostiquer HPI (Haut Potentiel Intellectuel), TDAH (Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité), voire mieux encore, il est né avec le mauvais genre. Le HPI, par exemple, place l’enfant à un QI au dessus de 130 (Mesure à la con), le met en marge des autres de part une forte émotivité, et l’isole socialement. Dans son ouvrage Nos enfants sous microscope: TDAH, haut potentiel, multi-dys & Cie : comment stopper l’épidémie de diagnostics , Emmanuelle Piquet et Alessandro Elia s’inquiètent de la recrudescence des consultations de pédopsychiatres pour un diagnostic qui n’a, pour la plupart des cas, pas lieu. L’enfant n’est pas plus créatif que d’autres, il est hyperactif. L’enfant n’est plus mal à l’aise avec d’autres enfants, il est HPI. Il n’est plus un petit connard arrogant et incontrôlable, il est HPI. L’enfant n’est plus en train d’explorer, ou de se trouver, il est transgenre et il faut lui couper la bite. L’enfant n’est pas juste un gosse qui se fait chier à être assis a la même place pendant des heures durant, il a un trouble de l’attention. Le tout, bien évidemment inondé d’un ragoût de médicaments, et d’un suivi absolument nécessaire à cent euros de la consultation. Les enfants eux, éponges qu’ils sont, absorbent tout ce processus et se sentent plus malades que si ils étaient vraiment malades. Il est indéniable que depuis 1970, le niveau scolaire augmente, cependant, la France reste en queue de peloton des pays développés sur l’éducation. En témoigne les hordes de réformes de l’éducation passées chaque année, tantôt pour aider les élèves, tantôt pour aider les écoles, mais toujours pour abaisser le niveau et enlever toute responsabilité à l’individu. Car évidemment, nul n’est responsable de soi.
Il y a donc de plus en plus de diagnostics, de plus en plus d’enfants malades, qui vont grandir pour devenir des adultes malades, grâce à une révolution médicale, l’auto-diagnostic. Les parents, voyant que leur enfant ne s’en sort pas, car fainéant, ou bien en besoin de repères, ou bien en besoin de travail et assiduité, se retrouve alors propulsé dans un cabinet de psychiatre se voir prescrire une batterie de pilules et un label flambant neuf : Spécial. L’avènement des réseaux sociaux à crée une bombe à retardement qui a explosé durant ces dernières années. Il y a peu, la foule voulait se distinguer en étant plus drôle, plus créative, plus forte, plus rapide, plus bruyante. Après cela, car demandant du travail et du talent, la foule s’est rendue compte que pour se détacher du lot, il fallait abaisser la barre. Alors la foule a décidé d’être plus conne, plus vulgaire, plus refaite, plus râleuse, plus chiante. Une fois que ce train là était rempli, il ne restait plus qu’une seule chose à faire, se distinguer en étant plus malade. Tout le monde souffre maintenant d’un certain type de désordre. Selon un sondage de l’observatoire de la Mutualité Française de 2021, 64% des interrogés déclarent avoir ressenti un trouble ou une souffrance psychique. Tout ça sans donner de définition claire de ce dont on parle. Une personne qui se sent triste parce qu’il pleut et donc au même niveau qu’une personne qui déprime au fond de son appartement à cause d’un manque affectif, ainsi qu’au même niveau qu’une personne qui souffre de véritables troubles psychiques qui l’empêchent de fonctionner correctement. Et lorsque le locuste de l’attention et de l’acceptation de la fragilité et de la maladie a fini son œuvre, on se retrouve allègrement dans un monde où tout le monde est malade mental, mais crie pour son droit d’être privilégié.
Les enfants dont les parents barons ont décidé qu’ils voulaient en faire un gamin hors normes, ont donc des passe droits. Ils ont maintenant officiellement le droit d’être abjectes. Les adultes, eux, ont le droit d’être fragiles, tout en exerçant un pouvoir sur les autres. Faut suivre. Il est désormais tout à fait acceptable, de se déguiser en loup, de décréter son genre, d’inventer des pronoms associés, de changer de sexualité selon le cycle lunaire, et de vouloir imposer sa pensée à autrui. Le tout, en se disant victime, et bien sûr, de brandir fièrement sa maladie mentale fraîchement auto diagnostiquée lorsque agressé par la réalité et la vérité.
Quand Charlie et Lulu passaient encore à la télé, les gens comme ça étaient soi cachés à la cave par leur famille, soit aidés dans leur bonheur par des professionnels de santé. Ils sont maintenant des stars sur les réseaux sociaux. Il paraît qu’on ne peut pas être et avoir été, et bien aujourd’hui, on peut. On peut être victime, et bourreau. Grâce à un arsenal tout nouveau de maladies mentales diluées dans une soupe de pseudo psychiatrie et de glorification sociétale générale. Nous sommes de plus en plus cons, et pourtant les enfants HPI se multiplient. Les maladies mentales sont soi disant tabous, et pourtant tout le monde en souffre. Les différentes modes et les nombreuses tendances à se réinventer et réinventer la réalité au jour le jour ne sont pas des troubles mentaux, et pourtant ceux qui les créent disent en souffrir. Tout le monde veut être spécial, être entendu, et parler plus fort que les autres, et pourtant plus personne ne souffre de responsabilité personnelle. On veut être quelqu’un, sans vouloir être soi même.
Un problème épistémologique proposé par le philosophe Agrippa, stipule que nul vérité absolue sur un sujet ne pourra jamais être établie car se heurtant forcément à un des trois facteurs suivants. Premièrement, chaque argument doit être vérifié, et ce, à l’infini. Deuxièmement, la circularité logique, qui tente de justifier un thèse en l’employant. Et troisièmement, l’appel à un argument supérieur, et non discutable, qui justifierait automatiquement la thèse. Hans Albert, philosophe Allemand, a rebaptisé ce problème, après qu’une histoire rapportée par une figure populaire Allemande ai dit qu’il s’était sorti de sables mouvants, son cheval et lui même, en se tirant par ses propres cheveux. Ce problème devint alors le Trilemme de Münchausen. La foule ne voulait pas de la réalité, alors elle l’a niée et a décidé qu’elle construirait la sienne, dès les plus jeunes générations. Elle n’aimait pas non plus la vérité qui s’écrivait devant elle, alors elle décidé d’établir la sienne, à coups de maladie, de fragilité mentale, et de paradoxe général. Avec le déferlement de réécriture des histoires auquel on fait face, le déboulonnage des statues et le meurtre des idoles, peut-être serait-il temps de cancel le Baron de Münchausen et tout ce qui se rapporte à lui. On a tant glorifié la science du temps du COVID, tant mis l’accent sur la vérité scientifique et la santé de tous, qu’il n’est rien d’autre qu’hilarant de voir les mêmes qui pédalent tout aussi fort dans le moulin à eau de la dégringolade des cerveaux. Les patients sont en charge de l’asile.
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