Toi Même

Au delà de la rationalité il existe donc l’émotion.

‘Tu peux me rendre un service ?” “Non” “Pourquoi ?”. Mais merde, pourquoi pas ? Cette interaction anodine soulève deux immenses tares, personne n’a pleinement conscience de la différence entre rationalité et émotion, et le terme Non est devenu absolument proscrit des champs lexicaux classiques. La Théorie du choix rationnel est un concept plutôt anglo-saxon, introduit entre autres par l’économiste Adam Smith, et le sociologue Max Weber. Cette théorie stipule que le comportement humain est centré autour d’un concept simple : maximiser la gain et réduire le mal. En économie il s’explique très simplement par un rapport entre investissement et retour sur investissement. En sociologie, à travers Max Weber par exemple, il explique que le comportement humain est intrinsèquement lié à un calcul de risque et récompense assez simple. Tout d’abord, l’esprit humain est parfaitement capable de voir, et dire quelle option lui serait préférable. Entre ces options, il est capable, et construit pour faire un choix pragmatique qui lui permettrait d’obtenir quelque chose, que ce soit matériel, émotionnel, ou bien physique, sans engager plus du même capital en retour. Un homme qui souhaiterait inviter une femme à dîner, a déjà en tête ce qu’il veut tirer de cette tentative. Celui qui ne souhaite que coucher, aura envie d’investir moins que celui qui voudra impressionner la jeune (ou pas, je ne juge pas) femme pour la revoir ensuite. C’est sexiste, horrible, mais la vérité est que les femmes jouent au même jeu. Le capital apporté par l’homme doit être équivalent à celui apporté par la femme. N’est ce pas ça l’égalité ?

Au delà de la rationalité il existe donc l’émotion. L’émotion c’est lorsqu’on demande à quelqu’un de faire quelque chose sur la simple base d’un ”S’teu plaït”. La pensée émotionnelle s’installe avec pour seule logique d’évoquer ou d’assouvir une émotion. Dans ce scénario, il y a forcément un élément de l’échange qui perd quelque chose sans rien gagner d’équivalent. On peut alors reprendre la théorie du jeu de John Nash, qui parle des jeux à somme nulle comme étant des jeux qui ne peuvent se terminer que par soit une victoire, soit un match nul, soit une défaite. C’est à dire que les participants finiront pour l’un à +1, l’autre à -1, ou bien les deux à zéro. La pensée émotionnelle fonctionne sur le même principe. Si on demande à quelqu’un de nous donner quelque chose, sur une base de rien d’autre qu’un service qui pourra, ou non, la plupart du temps non, être répliqué de manière réciproque, on enlève à cette personne quelque chose sans rien en retour. Tout cela dans un but purement ”de gentillesse” ou d’un quelconque attachement émotionnel. On arrive ici à une interaction saine et naturelle entre deux individus qui partagent une connexion humaine. Lorsqu’un couple interagit de cette manière, ou deux membres d’une même famille, il est souvent coutume d’accepter cet échange, non équitable si on suit une logique pragmatique (et chiante), mais il est surtout alors coutume d’accepter pour maintenir une base saine dans la relation et la connexion qu’on a avec cette personne. Une sorte de contrat tacite qui stipulerait qu’un échange pareil n’est en aucun cas comparable à l’importance de la connexion que partagent ces deux personnes. Mais qu’en est-il lorsque la connexion est plus triviale ? Ou lorsque l’échange est insignifiant ? Lorsque le prix à gagner dans le jeu a somme nulle est plutôt, nul ?

Un ami qui vous demande de prendre quelque chose dans votre placard, comme de la nourriture. Un collègue qui vous demande de faire une tâche à sa place. Un voisin qui vous demande d’arroser sa plante lorsqu’il s’absente. Là se rapprochent les deux théories. Le service demandé est donc basé sur l’émotion, la personne joue sur la connexion présente, et décide de demander un service. Plaçant la personne recevant la demande, en -1. Sauf qu’ici, la connexion, et l’action demandée, n’en vaut clairement pas la chandelle. Lorsque la personne dit alors non, l’autre se sent obligé de continuer d’appuyer sur le côté émotionnel, et rentre alors en total ”boudage” de la réponse négative. Vient alors l’interrogation outrée du ”Pourquoi ?” qui me hérisse tant le poil. Et pourquoi pas ? Pourquoi pas dire non ? Parce que ça fait chier de se faire piquer des choses chez soi par quelqu’un qui pourrait s’acheter la même chose en quelques secondes. Parce que c’est pas mon boulot de faire ton boulot pour rien en retour. Parce que prendre du temps sur la journée, prendre la responsabilité de m’occuper de quelque chose dont tu as la charge ne m’intéresse pas. Mais c’est pas gentil. C’est pas sensé l’être. On n’ose plus dire non, car les gens nous demandant les services ne comprennent pas la logique et la dynamique qui se crée lorsqu’on le fait. Il n’y a plus dans la tête des gens la notion de 0 entre deux personnes. Il faut absolument un vainqueur et un vaincu. Absolument une relation de service rendu, et jamais une notion de neutralité. Je milite pour qu’on puisse n’en avoir rien à secouer du chat du voisin. Rien à secouer du collègue qui a mal géré ses vacances et qui demande du rab. Rien a secouer du pote qui a besoin d’un endroit où crécher parce qu’il ne sait pas s’organiser. Rien à secouer du membre de famille qui vient visiter à la dernière minute et qu’on a pas vu depuis la dernière décennie.

Non, on n’est pas un méchant lorsqu’on refuse de rendre service à quelqu’un pour quelque chose de minime. Aider un copain à déménager n’est pas la même chose que lui prêter un canapé lorsqu’il est juste casse couilles. Cuisiner pour sa moitié après une longue journée n’est pas la même chose que de dépanner quelqu’un qui n’a besoin de se faire dépanner que sa flemme. Lorsque l’on demande sur l’émotion, il faut s’attendre à se qu’on nous réponde sur l’émotion. Lorsque l’on base sa demande sur du rationnel, il ne faut pas s’offusquer sur la réciprocité du rationnel.

”Tu peux m’emmener ça ?” . ”Non”. ”Bah pourquoi, allez, c’est pas loin/gros/lourd/pas grand chose.” Si c’est pas loin/gros/lourd/pas grand chose pour moi, ce n’est pas loin/gros/lourd/pas grand chose pour toi aussi. Par contre, si c’est chiant, c’est chiant que pour moi. Le pire trade de l’histoire des trades.


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