TrainsPhobing

Kapostrophe

J’aime les paysages. J’aime le confort. Je hais les gens qui prennent le train, c’est tout.

En 1993, Irvine Welsh, un écrivain Ecossais (Oui, c’est drôle) publie Trainspotting, une nouvelle se passant a Edinburgh et racotant l’histoire d’un groupe d’amis addicts à l’héroïne. Adaptée au cinéma en 1996 par Danny Boyle, le film reçoit de nombreuses accolades et parvient même à se classer en 10ème position des 100 plus grands films du cinéma britannique par le British Film Institute. Le terme ”trainspotting” n’a lui rien à voir avec l’héroïne ou une quelconque autre drogue. Sa traduction française serait ”ferrovipathe” (Titre du film sus nommé au Québec d’ailleurs) et désigne le hobby qui consiste à observer des trains passer. Dans la nouvelle, le terme ”trainspotting” fait référence au terme utilisé par les écossais des années 80 pour désigner le fait de se shooter à l’héroïne, souvent fait dans des dépôts de train, et au fait d’etre obsédé par un sujet unique, souvent trivial, comme la drogue par exemple. Aujourd’hui, je vais parler de ”trainsphobing” désignant le fait de beaucoup aimer le film Trainspotting, et surtout, détester les gens dans le train.

Le transport ferroviaire reprèsente en France, 54% du transport collectif. Plus de la moitié des habitants prennent le train. Pour le train à grande vitesse, il s’agit ni plus ni moins que de 750 trains quotidiens, pour environ 300 000 voyageurs. Les TGV comportent en moyenne environ 500 places. L’Eurostar, le train a grande vitesse reliant Paris à Londres, quant à lui accueille plus de 10 millions de passagers par an. Soit une moyenne environnant plus de 27 mille passagers par jour. Avec une rame pouvant accueillir environ 900 passagers par train. Parmi ces 900 places Britanniques, et ces 500 places Françaises, figurait, et figure, un passager qui n’a de cesse d’observer, commenter, mais surtout, lamenter la régression intellectuelle et pratique des ses utilisateurs.

Il est dit qu’en France, la moyenne du QI est de 98, occupant la 24ème place mondiale. En Angleterre, cette moyenne est de 99. Avec, selon une étude réalisée en 2013, un recul de 14 points depuis la Seconde Révolution Industrielle. Le QI moyen mondial est quant à lui situé entre 84 et 88. Tout cela n’est, bien évidemment, rien face à ce qui fait la force et la réussite d’un être humain, l’esprit pratique. La débrouille. La jugeote. Non quantifiable, celle-ci peut, contrairement au QI, être clairement et parfaitement observée dans de nombreuses situations de vie. Comme par exemple, le train.

L’expérience TGV démarre à la gare. Qui en France, sent la pisse. C’est une tradition. Daté du 17 Février 1834, le premier ticket de train imprimé du monde démarre un système qui n’a depuis pas changé. Indémodable. Terriblement efficace. Un numéro de wagon. Un numéro de place. Une place par personne. Pour prendre le TGV, il suffit de scanner ce ticket, se diriger vers le train, trouver son wagon, et trouver sa place dans ce même wagon. Avec une moyenne de 98 de QI, les Français arrivent à passer les premières étapes assez facilement. Une fois entrés dans le wagon, cette moyenne semble baisser drastiquement. Les places sont numérotées, dans l’ordre. Une fois entré, il est donc facile, normalement de trouver sa place. C’est alors que les passagers se séparent en trois catégories. Le passager qui trouve sa place, et s’y installe. Le passager qui, dans une logique échappant au plus fin des esprits, trouve sa place, mais décide d’en prendre une autre. Au cas où celle ci serait libre. Au début de l’embarquement. Alors qu’il n’y a quasiment personne dans le wagon. Fatalement, il se retrouve donc face à la personne qui occupe cette place, et, non sans pester (Là aussi, une logique à toute épreuve) reprend la place qui est la sienne. La grande ironie, qui arrive rarement mais qui reste un délice à mes yeux, est lorsque ce squatteur tombe à son tour nez à nez avec un autre squatteur qui avait pris sa place. Et enfin, le passager qui semble-t-il prend le train pour la première fois de sa vie, et apparemment n’en a même jamais entendu parler. Le regard vide, la bouche à moitié ouverte, et visiblement le requiem de Mozart résonnant dans la tête, il erre dans le wagon à la recherche du chiffre magique représentant son autorisation à s’asseoir pour son voyage. Pour ce faire, il cogne donc ses bagages contre les gens déjà assis, et se faisant un torticolis à coups de regards brefs mais intenses de chaque côté pour trouver son graal. Une fois arrivée (Oui, généralement c’est une femme, désolé) le passager s’aperçoit d’un détail encombrant, ses bagages. En effet, après avoir parcouru tout le wagon en heurtant les sièges et voyageurs, il faut maintenant se rendre compte que ces bagages ne rentrent pas dans l’espace situé au dessus des sièges et prévu à cet effet. Il faut donc refaire le chemin inverse, en heurtant une fois de plus sièges et voyageurs, tout en pestant, bien évidemment.

Une fois parti, le train voit encore une fois une division parmi les passagers. Ceux qui, prennent le train, pour, tiens donc, arriver à une destination différente que celle d’origine, et restent assis à leur siège, le quittant occasionnellement pour utiliser les commodités. Il y a aussi ceux qui ont visiblement adoré leur trajet jusqu’à la gare, et jusqu’au train, et s’adonnent alors à un marathon dans le wagon. Quelques fois pour aller chercher à manger au wagon bar. Quelques fois pour aller chercher des affaires dans leurs bagages situés en fond de wagon. Quelques fois pour des raisons qui ne sont claires que pour eux.

L’arrivée voit mon moment préféré. L’entonnoir. Chaque wagon, à l’exception des premiers et derniers wagons possède deux sorties. Les arrêts marqués par le train durent environ 2 minutes, à l’exception bien évidemment de l’arrivée au terminus qui voit le train s’arrêter assez longtemps pour pouvoir y faire une sieste avant de sortir. Malgré cela, avant même l’arrêt complet du train, ces mêmes passagers semblent ignorer que le train s’arrête, et ne fait pas que ralentir. Ils ne se doutent pas qu’il ne sera pas nécessaire de sauter en marche et de risquer sa vie pour descendre. Alors l’entonnoir démarre. Une queue se forme dans le wagon devant la porte de sortie. Les gens mettent leurs manteaux. Ils s’impatientent. Ils cherchent leurs bagages. Et là, à l’arrivée, la surprise. Le train s’arrête. Et tout le monde doit passer par la même sortie. Un autre moment de pur délice, et de croiser un passager qui a fait la queue pendant une dizaine de minutes au niveau de mon siège pour pouvoir … sortir avant les autres apparemment, au niveau des tourniquets de sortie de la plateforme. Avec à chaque fois, une force incroyable de ma part pour ne pas le regarder dans les yeux et lâcher une quelconque remarque vilaine et pleine d’ironie. A la sortie du wagon, il est aussi l’occasion de se demander combien de temps les gens vont passer là où ils vont. Et surtout, comment ils ont fait pour arriver dans le train en premier lieu. Certaines valises dépassant par la taille de leurs propriétaires. Une fois arrivé à la très saine Gare du Nord, j’ai eu le malheur d’aider une passagère aussi large que sa valise et dont le compagnon avait l’air de redémarrer le système, non pas pour être poli, jamais, mais surtout pour accélérer un processus qui ne devrait pas être si lent que ça en pratique. Mal m’en a pris, j’ai entendu à travers mes écouteurs des questionnements et des rires. J’aurai peut être dû la laisser s’embourber, elle et son ami mono neuronal, dans sa propre situation teintée de modernisme à senteur patchouli. Si vous vous reconnaissez et lisez ça, allez chier du compost végan bien profond dans vos quartiers à la con. Parenthèse refermée. Heureusement que les vieux ne prennent pas souvent le TGV.

L’Eurostar quant à lui est un cousin sous stéroïde du TGV ajoutant plusieurs étapes ô combien intéressantes pour un être de ma sorte. Le contrôle de sécurité. Et la douane. Les billets estampillés Eurostar indiquent pour Paris une arrivée souhaitable environ 60 minutes avant le départ du train, et pour Londres, environ 75 minutes avant. Les portiques fermant 30 minutes avant le départ. C’est ainsi que le côté Parisien est populé par une horde de pétinsgrams (Des pétasses Instagram) qui semblent perdre la tête à essayer de comprendre pourquoi elles pourraient rater leur train alors qu’elles ne sont qu’à 20 minutes du départ encore dans la file d’attente du passage des passeports. La sécurité, passage obligé des familles nombreuses aux 6 valises (petites certes), qui relèguent au père de famille la tâche de les mettre sur le tapis, et de placer une blague inconfortable et pas drôle à l’agent qui veut juste passer la journée à faire semblant de protéger son secteur.

Accompagnées par tout autant de valises, mais beaucoup plus grosses, et beaucoup plus lourdes, les Africaines. Souvent une femme seule, avec en moyenne trois valises extrêmement encombrantes, attachées à des regards perdus et une maîtrise de la langue tout aussi efficace que la retenue d’un député socialiste face à un catalogue petit bateau. Elle dégage une sorte de détresse, une forme de désespoir face à une situation qu’elle à tout à fait l’air de ne pas comprendre. Elle dégage presque une certaine sympathie. On aimerait surtout qu’elle dégage, et qu’elle nous explique comment elle a fait pour ramener ces malles qu’elle appelle des bagages ici. Aurait-elle été abandonnée à son sort par son compagnon. Un chauffeur de taxi ? On s’en fout. Passé la sécurité, et la douane, c’est le moment de déguster un café dégueulasse et un sandwich au saucisson pas mauvais mais un peu sec, le tout pour la somme très raisonnable de 13 euros (Paul fils de pute). Du côté Londonien, c’est le soleil levant qui prend le relais de l’Afrique avec un nombre étonnant d’Asiatiques qui se présente aux comptoirs. Avec comme présent, une incompréhension de l’anglais, et du français. Pour un train Londres Paris, c’est fort. Et bien évidemment, une situation administrative bien loin des “Bonjour, merci, bon voyage” de la plupart des passagers. Le temps des trafiquants fringants de l’Asie du sud laisse place donc à un groupe de jeunes filles et jeunes garçons (Des fois on sait jamais vraiment) qui ne comprennent quasiment aucune langue qui leur est parlée, habillés de toutes les couleurs de l’arc en ciel, et affichant fièrement, ignorant l’endroit où ils vont, des sacs des plus grandes marques qu’ils sont venus guetter à Londres car à Londres … il y a les mêmes magasins qu’ailleurs mais c’est Londres. Parce que ”Londooooon wooo so cool!” (Les petinstagrams sont aussi dans la file d’attente à Londres, il faut bien rentrer).

L’embarquement se passe de la même manière, à une chose près. Le taux de passagers qui semblent totalement perdus à l’idée de combiner un numéro de wagon avec un numéro de place semble exploser de façon exponentielle. Les chiffres Anglais sont les mêmes que les chiffres Français pourtant. C’est d’ailleurs lors d’un voyage vers Londres que j’ai pu découvrir une autre catégorie de passager qui m’est chère. La vieille (ou le vieux) qui ne sait pas reconnaître une place d’une autre, c’est à dire la différence entre le siège fenêtre, et le siège couloir. Le siège fenêtre est signifié sur le dessin en blanc, et le siège couloir, en noir. Magique. Malgré cela, bien installée à ma place, cette boomeuse, a accroché son manteau, a déplié sa tablette, y a installé son yaourt qui pue, et a branché son téléphone. En lui signifiant son erreur, elle fait un ”Oh?” auquel je réponds un ”hum”. Elle décide alors de commencer a remballer ses affaires, acte auquel je mets un terme en lançant un ”C’est pas grave” qui est la version courte de ”C’est pas grave la vieille, je m’en tape, j’ai encore du temps devant moi, et me faire chier ça ne guérira pas ton dos ni n’augmentera ton temps de vie”.

Dans Trainspotting, les personnages se regroupent le temps d’une scène, après un trajet en train, dans un paysage bucollique d’Ecosse. Dès lors, le personnage de Renton, joué au cinéma par Ewan McGregor, exclame sa haine d’être Ecossais. Sa haine de ces paysages. Sa haine de sa situation. J’aime le train. Non, j’adore le train. J’aime le fait qu’il ne faille pas faire des heures de route pour atteindre les gares. Qu’il ne faille pas prévoir une demi journée pour faire le voyage. Qu’il ne faille pas prévoir un voyage pour atteindre le centre ville de sa destination. J’aime les paysages. J’aime le confort. Je hais les gens qui prennent le train, c’est tout.


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