Uber ta Mère

” Il n’y a que deux sortes de chauffeur de taxi, ceux qui puent le tabac, et ceux qui vous empêchent de fumer.”

Pierre Desproges

   Une soirée de printemps paisible, des copains, deux ou trois verres de trop dans un (soi disant) pub Parisien. La nuit s’est déjà couchée depuis quelques heures, mais c’est le moment qu’ont choisi ma tête de con et celles de mes amis de rentrer. Nous sommes en 2010. Nous sommes autour du Trocadéro. Et nous sommes, par la force des choses, et par notre taux d’alcoolémie, contraints d’emprunter un mode de transport cher au cœur des Parisiens, le taxi. Pas besoin de chercher très longtemps, une Peugeot nickel à l’extérieur, mais sentant la menthe chimique à l’intérieur, nous ouvre ses portes. Nous donnons les adresses, toutes en banlieue proche sud, refus catégorique. ” Je ne vais pas là bas.” Merci, de rien, au revoir messieurs dames. Il faut maintenant courir dans tous les sens pour attraper un possible dernier RER. Mais donc, si ce n’est d’emmener les gens là où ils veulent aller, quel est donc le boulot d’un taxi ?

Vacances Tout Compris

   En Janvier 2012, l’application Uber, et ses chauffeurs du tiers monde débarque en France. La vie des Parisiens change. Maintenant, il est possible de faire hurler les boomers en non seulement utilisant leur ennemi juré, la technologie, mais aussi de ne pas avoir à payer 30 euros pour faire deux kilomètres. Une simple application mobile, choix de l’adresse de départ, choix de l’adresse d’arrivée, on nous indique un prix, et on nous met en relation avec un chauffeur du soleil. A cette époque, les Uber vont vriller deux choses, les habitudes, et les taxis. Les habitudes, car ces jeunes gens qui ont du batailler pour attraper le transport public avec quatre grammes dans le sang ont maintenant la possibilité de prendre un véhicule qui les emmène n’importe où. Et les taxis, car les Uber font maintenant leur travail, moins cher, moins chiant, et plus efficace. Boomer trigger. La concurrence est dénoncée, les chauffeurs de taxis se plaignant que les Uber n’ont aucune règle, aucune loi, aucune licence à payer. Alors que eux, si. C’est top ça, si on paye, on peut être un gland. Après moult années, moult manifestations, les taxis ont eu raison du libre marché, et ont fait des Uber, des VTC. Une professions à peu près régulée de chauffeurs madras.

Mais bordel j’ai le droit

   Avec cette ouverture, se sont installées une pléthore d’autres applications, toutes plus ou moins éphémères, qui s’assoient toutes à la table des VTC. Petit à petit, ces mêmes VTC, qui ont maintenant des droits, se prennent à imiter leurs cousins boomers, à manifester, réclamer des choses, faire grève. En Décembre 2023, des VTC manifestent pour avoir le droit à un espace dédié devant la gare de Bordeaux. A Paris, ces mêmes VTC manifestent en Janvier 2024 pour avoir accès à la voie dédiée aux athlètes et autres taxis. A force d’avoir les mêmes droits, on veut aussi les mêmes privilèges. Sans oublier de payer les maîtres des lobbies de taxis, avec Uber versant 800 000 euros d’indemnités pour concurrence déloyale en Octobre 2023. Le privilège, ça se paye. Tout comme on se rend compte que l’on devient comme son père, à travers les mêmes choses qui nous horripilaient il y a quelques années, le cadet VTC, ayant troqué la bouteille de Selecto et Skyrock pour un chargeur Iphone, une bouteille de Kombucha et Nostalgie, se prend à devenir ce qu’il avait poussé du canapé il y a de ça quelques années.

You either die a hero …

Banlieue ? Pas de problème. Rapide ? Bien sûr. Prix fixe ? Absolument. Mais ça, c’était avant. Les VTC embourgeoisé sont maintenant très sélectifs quant à leur destination. Là où le refus pouvait être pénalisé, il est maintenant libre comme l’air. Plus besoin de se faire refuser d’aller quelques part par un chauffeur, l’application le fait très bien. Banlieue ? Nope. A force de chercher, on se surprend à patienter des dizaines de minutes en croisant les doigts. Et lorsque l’on a la chance de trouver, le chauffeur est maintenant à un quart d’heure de là où on est. Rapide ? Nope. Et si lorsque cette recherche prend trop de temps, on peut alors ”motiver” les chauffeurs en augmentant le prix de la course. Prix fixe ? Nope. Soi dit en passant. Si on est un chauffeur à Paris, sans passager. Et qu’on l’on voit une course a 30 euros arriver. Même si celle si va prendre une trentaine de minutes, et nous faire repartir à vide, ça fait quant même 30 euros en une heure. La refuser pour espérer trois courses à 10 euros pendant cette même heure est peut être un poil con. On a cru à une révolution, on a eu une évolution. Avant, on avait Gégé, le regard hagard devant les résultats des courses de la journée qui se demandait avenue Kléber si il avait vraiment envie de bosser. Il choisissait ses courses pour éviter de se retrouver trop loin d’un PMU au cas où si il avait un tuyau de dernière minute. Maintenant, le regard hagard, c’est nous, devant le téléphone, à attendre patiemment que les chauffeurs VT épicés, entre deux grèves, nous acceptent dans leur véhicule le temps d’un trajet. Les Taxis 2.0. Finalement, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.


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