
” Être libre, c’est se posséder soi même”
Henri Lacordaire
J’ai travaillé pendant des années (en cumulé, environ cinq ans) dans la vente. J’ai travaillé dans les milieux de la mode, du café de luxe (oui attends je t’explique), des fragrances, des cosmétiques, de la presse. Autant dire que la seule chose que je n’aie jamais vendu soit mon âme. Quoi que. Dans tous ces métiers, j’ai eu des titres comme associé de vente, spécialiste du café (Voilà tu vois) ou encore représentant commercial. Dans tous ces milieux, dans tous ces environnements différents, la seule chose qui eu été le liant pendant toutes ces années ? J’ai juste été vendeur. Vendeur en boutique, vendeur pour des professionnels, vendeur pour des vieux, des jeunes, vendeur nomade, vendeur sédentaire, vendeur en costard ou vendeur en jeans. Je n’ai jamais travaillé dans la mode, jamais travaillé dans le café, je n’ai jamais travaillé dans les cosmétiques ou la presse. J’ai toujours travaillé dans la vente. Le milieu dans lequel j’ai travaillé, ne définit ou ne change absolument pas le métier que j’ai exercé. La secrétaire de la NASA n’est pas astronaute.
C’est celui qui dit qui l’est
Il y a aujourd’hui une épidémie rampante d’illusions consommant le désillusion des êtres qui ne s’assument pas. Ce n’est absolument pas grave de travailler dans la comptabilité. Le marketing. La finance. Le bâtiment. Tous définissent notre métier, mais ne définissent pas notre environnement. Vice versa. Un plombier chez Chanel est toujours plombier, un comptable chez Boeing est toujours comptable et un vendeur chez Orange est toujours vendeur. N’en déplaise à la horde de pseudo personnages qui travaillent ”dans la mode” ou bien ”dans la communication”, ils restent des stagiaires café ou des alternants en marketing de luxe ou je ne sais quelle formation à la con qui sert de locuste à des jeunes âmes déjà pas câblées jusqu’au bout. Il est extraordinaire de se rendre compte à quel point un métier peut changer du tout au tout lorsqu’on pose la question à deux personnes différentes. Tout cela, à cause d’une génération qui n’arrive toujours pas à s’assumer. Lorsque les influenceurs, et les youtubeurs, n’ont cessé de se multiplier, il a fallu leur trouver un nom. Créateurs de contenu. Gland qui fait le con devant une caméra ou devant son téléphone devait être trop long. On a donc des ”modèles” sur Instagram, des panneaux publicitaires vivants ”influenceurs”, des charlatans qui conseillent des choses qu’ils ne maîtrisent pas en ”coachs de vie”, des obsédés de Pinterest en ”décorateurs intérieurs” ou bien encore des abrutis aigris assis crachant des écrits plein de mépris en ”écrivains”. Ah merde.
Mon nom est Personne
Dans cet amas de crises identitaires se trouve une raison simple : tout le monde veut absolument être quelqu’un d’autre. Ce n’est clairement pas assez cool d’être ”juste” une comptable, un contrôleur de gestion, un chauffeur, un vendeur, un pigiste, un écrivain, un journaliste, il faut absolument être quelqu’un qui fasse quelque chose qui transcende tout le reste. Le seul milieu qui ne transcende rien du tout, c’est le milieu des chômeurs. Au 4ème trimestre 2023, il y a 5 406 000 demandeurs d’emploi. Parmi eux, il y a foule de youtubeurs ou influenceurs sus nommés qui, quand bien même sont reconnus par leur public mono neuronal, ne sont malheureusement pas reconnus par l’état tant qu’ils ne sont pas connus de l’URSSAF. Mais aussi, une horde de chômeurs à l’ancienne, qui bossent un peu, se mettent à l’aise avec les quotas, et qui reviennent tranquillement au bercail de leur cher Plein Entretien, avec les poches pleines de cotisations. En 2019, les fraudes à Pôle Emploi sont estimées à environ 212 000 000 euros. Ça fait beaucoup de tirages PMU au milieu du mardi après midi de mars ça. Au milieu, les vrais qui galèrent. Et qui rêvent d’être les seconds, voire les premiers. Et qui enchaînent les petits boulots, lorsqu’il y en a. Mais les trois, bizarrement, partagent le même nom. Comme quoi, la sous-division des noms à la con ne touche pas tout le monde. Y a plus de raison ma pauvre dame.
Reflet de la réalité
Alors qu’est ce qu’on fait ? Déjà, lorsque que quelqu’un nous parle de son métier, très important, ne parler que de ce qu’il fait dans la journée. Un comptable qui déchiffre des pages et des pages de notes de frais pour des photographes d’un showroom en pleine fashion week ? Un comptable. Un vendeur qui se débat avec une horde d’asiatiques en parlant de montres de luxe comme si c’était des cageots de pommes a Rungis ? Un vendeur. Un responsable des ressources humaines, qui … Qui … Qui ressource des humaines, je suppose, bon vous avez compris. Ne jamais aborder le milieu, toujours aborder l’activité telle qu’elle l’est. Et petit à petit, on reviendra à une société plus saine.
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