
“Il y a deux sortes de cyclistes : ceux qui font chier parce qu’ils roulent bien, et ceux qui font chier parce qu’ils roulent mal”
Les nations des piétons et automobilistes vivaient en (relative) harmonie. Les automobiles ont commencé par être une course à l’innovation. Une idée saugrenue d’Allemands en manque de sensations fortes, une riposte Française pour faire chier les Allemands. Au début, les automobiles étaient lentes, bruyantes, exotiques. Évidemment, les ”Américains” ont fini par en faire un objet d’industrie. Mais tout cela, à la même vitesse que le regain de popularité du PS à l’ère moderne. Puis, petit à petit, l’automobile a gagné de la place. Elle a poussé le piéton. Alors le piéton s’est mis à être con, et à ne pas faire assez attention à l’automobile. Il s’est mis a traverser les routes en regardant son téléphone, et non le feu. Il s’est mis à marcher au milieu de la route avec ses écouteurs. Alors l’automobiliste lui, s’est mis à s’arrêter au milieu du passage piéton, l’air hagard, et la crotte au nez du rétro. Il s’est mis à accélérer au orange, et ralentir au vert. Il s’est mis à bombarder pour ne laisser passer personne, et gagner dix centimètres de queue de feu tricolore. Les nations des automobilistes vivaient en tension, mais en harmonie. Jusqu’à ce que la nation des cyclistes attaqua.
Vélo, si pede
Le vélo lui aussi était vu comme une invention de génie. Encore des Allemands. Une innovation digne des plus grands. Il a été utilisé pendant la guerre, pour combattre les limites logistiques. Il a été utilisé dans les villages, pour transporter des vivres, et permettre aux campagnes de fonctionner correctement. Il a été utilisé dans le sport, pour tester les dernières avancées pharmaceutiques. Mais surtout, il a été utilisé par les connards pour être encore plus insupportables. La première chose qui caractérise le vélo, c’est que les gens ne peuvent pas s’empêcher d’en parler. Il faut absolument qu’un cycliste clame qu’il est cycliste. ”Je suis venu en vélo”. Je m’en branle. Les Parisiens ont poussé cette science au rang d’art. Il faut venir au travail en vélo. Il faut transpirer, mettre des gens en danger, réclamer d’avoir une douche au bureau, puer, tout ça pour pouvoir clamer haut et fort dans l’open-space, une chaussette dans le pantalon, qu’on est venu en vélo. Les cyclistes vont en soirée, en vélo. Ils rentrent de soirée, en vélo. Et ils sont fiers, à deux grammes huit, à deux du matin, entre deux poubelles, de prendre un vélib qui pue la pisse, pour pouvoir griller des feux rouges et se croûter comme une merde sur les pavés du Pont Neuf. Parce qu’être cycliste, c’est un peu l’inverse du Fight Club, la première règle, c’est d’en parler à tout le monde.
Enfant gâté
Paris a décidé depuis des années, comme c’est la mode en ce moment, de faire une transition. Celle du vélo, dans son cas. Il fallait plus de pistes, disent les associations. Alors paris a coupé toutes les grandes artères en deux. Il faut que les cyclistes puissent avoir la priorité, disent les associations, alors ils ont eu droit de ne pas respecter le code de la route. Il faut désengorger les routes, disent les associations, alors les cyclistes ont eu droit de rouler à contre-sens. Maintenant, cette horde pourrie gâtée, va se plaindre de deux morts (DEUX!) depuis le début 2024. C’est inadmissible. Le nombre de cyclistes a quasiment doublé entre 2022 et 2023. En heure de pointe, sur un grand axe Parisien, il y a en moyenne 330 voitures contre 540 vélos à un moment donné. En termes de décès, en 2022, on dénombre 12 cyclistes, contre 31 deux roues, et 12 automobilistes. Plus de vélos, mais autant de morts que les voitures. A croire que ne pas respecter le code de la route, rouler à contre-sens, sans casque, en écoutant son téléphone, des fois bourré, ça ne joue pas vraiment. Dans le même temps, on pourrait croire que seuls les routards sont en guerre contre le vélo, mais il n’en est rien. Dans de nombreux cas ” d’incivilités ” répertoriées par les Saintes Associations Cyclistes Aux Motifs Ecolo Renouvelables Des Elitistes (SACAMERDE pour les intimes) il existe une large partie qui est attribuée aux piétons. Qui, non contents de respecter le code de la route par peur de se faire taper par un vieux kangoo de chauffeur livreur clandestin, doivent maintenant faire attention à Noémie, RH éco-responsable, qui roule à fond en contre-sens en grillant le feu rouge en criant que les gens ils font trop pas attention aux vélos quoi. Il y a là un qui se fait taper, et c’est jamais le bon.
Tour de Transe
C’est facile de dire qu’on pollue moins. Qu’on est plus responsable. Qu’on fait de l’exercice. Qu’on fait attention, c’est les autres le problème. Mais c’est pour autant impossible de cacher le bout de visage qu’on laisse sur le trottoir en se viandant à trois heures du matin, ni de rouler assez vite pour échapper à cette rencontre fortuite qui se crée après une insulte de trop. Parce qu’au final, c’est bien ça la finalité de l’expérience deux roues trou-de-balisante. Quelle est donc la distance du trop loin ? Quels privilèges vont-ils encore demander (et obtenir) avant qu’ils aient tellement de place, que les gens feront front contre eux ? A force de rouler comme des salauds dans tout Paris, le fuck around, va devoir trouver du find out. L’insulte de trop, ou le manquer de percuter une mère avec une poussette, ou la mauvaise queue de poisson à un ouvrier du bâtiment de l’Est, tout ça va finir par déclencher l’introduction de la selle dans le cycliste. Et à ce moment là, la civilisation aura gagné, sous les applaudissements de la foule. Il n’y jamais rien de plus fort pour unir des gens, que de détester en commun. La paix des peuples est là : dans la grosse baffe dans la gueule d’un cycliste.
Leave a comment