
“Le néologisme, c’est la langue qui fait ses besoins”
Frédéric Dard
Tout à l’heure, pendant le meeting, on parlait business plan. Ca a fait sens de se retrouver pour un drink en afterwork pour brainstormer au lounge. Bande de bâtards va. L’Académie de Commerce de Mulhouse est fondée en 1781, l’Ecole Supérieure de Commerce est fondée à Paris en 1819, c’est donc depuis plus de deux siècles qu’on forme les jeunes têtes Françaises à commercer avec l’Europe, et ensuite le monde entier. Des formations poussées qui vont plus loin que la simple encyclopédie de savoir, elles enseignent des méthodes, des langages. Un savoir faire couplé d’en savoir être. Une institution Française qui fait saliver les jeunes de toutes régions, qui souhaitent entrer dans un monde d’échange, un monde nouveau : le Monde de L’entreprise. Petit à petit, lorsque le monde de l’entreprise eu évolué, la formation a évolué avec lui. Petit à petit, des formations sont passées à déformations. Et la première victime, la langue Française.
School of Thot
Les écoles de commerce sont celles qui créent des portails vers le monde anglicisant de l’entreprise, et de fait, sont celles qui donnent le plus de fil à retordre aux éditeurs déjà dépassés de dictionnaires. De fait, les écoles de commerce sont celles qui prennent en charge les changements les plus significatifs dans les tics de langage. DU COUP, ce sont celles qui créent des monstres à Franglais dégueulasse qui font grimper le prix de la pinte à Paris. Il n’est pas rare de voir apparaître des débats autour de certaines expressions, qui se disent, ne se disent pas, ou bien se disent de deux manières différentes. Il n’est pas non plus rare, de voir des mots étrangers, des expressions non françaises s’installer durablement dans le paysage linguistique Français sans pour autant chambouler l’ordre établi. Le weekend. Un ersatz. C’est cool. Rien de dingue. Mais nous sommes aujourd’hui en train de vivre quelque chose de bien plus grand, une attaque massive aux tics de langage complètement fous. Nous avons adopté la manière de parler des nanas Américaines qui ne peuvent pas s’empêcher de placer “Like” dans leurs phrases comme si c’étaient des ponctuations. Les Marseillais l’ont fait avec humour, avec “con” ou “putain”, les Parisiens le font avec agonie avec “Du coup” et “Genre”.
Rule Britannia
Le cœur de cette mode vient évidemment de la domination de la culture Américaine, Anglophone, dans le monde entier. Il est bien trop facile de ne se baser que là dessus, mais les anglicismes trouvent leur refuge dans le saint monde académique, qui l’envoie dans le monde de l’entreprise, qui lui même, le fait couler sur la vie de tous les jours. Dans la fin des années 60, des philosophes Français, Derrida, Deleuze, Foucault, sont allées répandre la parole du Post-Modernisme dans les universités Américaines. Lançant le mouvement, dont on voit petit à petit les résultats aujourd’hui avec les contre culture progressiste. Les États Unis, ont rendu ce cadeau Français dans les années 2010 et 2020. en torpillant la langue Française avec une dose fatale de LinkedIn. Les consultants en marketing de think tank eco responsable se retrouvent avec les actuaires verts de business development pour des drinks pour brainstormer sur le pulstep du Q2. Les anglicismes, et les tics de langage, ont de commun qu’ils viennent d’un mouvement de mimétisme, apparenté à de la paresse. On va au plus vite, on va au plus simple. Il est beaucoup plus simple d’utiliser un terme très familier à tout bout de champ, que de chercher quelque chose d’autre. Du coup on dit du coup. Et les pupilles de la nation LinkedIn, utilisent ce qu’ils voient le plus souvent, c’est à dire leur Franglais.
Passion Langue Saine
Le problème, c’est jamais le problème. Le problème, c’est que les gens ne voient pas le problème. Le train passe, et tout le monde se dit que c’est normal, personne ne s’émeut à l’idée saugrenue que notre langage courant devient peu à peu un fond de saladier sale dans lequel on a laissé traîner trois préparations différentes. Personne n’ose s’interposer dans une discussion qui contient un tic de langage tous les quatre sons. Personne n’ose dire à la personne à laquelle ils parlent qu’on ne comprend absolument pas la direction dans laquelle il va tant son phrasé pars lui, dans deux directions différentes. Mais surtout, personne n’ose dire que c’est chiant. C’est chiant de se retrouver à parler à quelqu’un qui ne fait aucun effort pour se faire comprendre de manière normale. C’est chiant, de faire partie d’une discussion qui ressemble à un chat MSN d’ado qui aurait eu un AVC. C’est chiant, de se dire qu’on a une langue, qui a la grâce de pouvoir être belle tant en insultes, qu’en compliments, et qu’on la kidnappe pour la marier de force au fils attardé du bourgeois du coin, juste pour pouvoir bénéficier de son alliance. Gardons l’esprit simple : Parlons Français, c’est déjà compliqué comme ça.
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