Exploration Spatiale

” L’espace est l’ordre des choses qui coexistent ”

Leibniz

Un joli rayon de soleil parcours une rue a peine fréquentée. Un couple, d’abord, et un petit groupe de trois, ensuite, s’approchent doucement, timidement, d’un établissement de bouche en train de boucler les derniers préparatifs avant de laisser rentrer les clients affamés. Fébriles, ces lève-tôt osent à peine d’approcher de l’entrée, laissant le temps au temps, et l’espace à l’espace. Peu après, un couple d’amies, chargées de valise, de sourire inversé et de verve épicée, s’approchent du groupe tremblant d’impatience. Mais au lieu de s’écarter poliment du groupe, ces gourdasses se mettent à quelques centimètres, collent et gueulent, en bloquant le trottoir. Dès lors, la panique, un groupe arrive et devra fatalement passer par là ou les connasses ont décidé d’élire domicile. Au milieu du chemin. L’impact est imminent, le mouvement est inévitable. Et bien si. Le groupe arrivant sort du frottoir, contourne nos chères limaces, quitte à marcher sur la route, pendant que celles ci décident de rester fortes et fermes dans leurs convictions d’être sans gêne. La conversation se poursuit, l’impression de déranger ne pointe pas le bout de son nez, et l’horloge continue de tourner. L’espace lui, se tord.

Espace d’abruti

Plus ça avance, plus j’ai l’impression qu’on recule. Les uns dans les autres. Premièrement, je n’empêche personne d’aller où il veut. Tant qu’on ne m’empêche pas d’aller là où moi je veux. Et là, c’est dur. La nana sur son téléphone qui monte les escaliers vitesse éclopé et direction mec bourré pendant que j’essaie tant bien que mal de la contourner, c’est dur. Les fumeurs qui stationnent au milieu du chemin en discutant les uns avec les autres à travers les passants, c’est chiant. Les génies qui ne comprennent pas que si tu fais la queue à travers la route, plutôt que le long de la route, c’est problématique (première utilisation normale du mot sur les internet depuis 2018). C’est Paris, certes. Je le con-çois. Mais il faut aussi se dire qu’aujourd’hui, la plupart des gens n’ont absolument aucune conscience de l’espace qu’ils occupent, et l’espace occupé par les autres. Égoïsme, changement culturel, éducation, pas mal de choses peuvent expliquer un manque de savoir être comme ça. J’irai plus loin : manque de conséquences. La fameuse nana qui marche lentement et pas droit et qui crée un bouchon à 8 heures du matin dans le métro, jouit d’une aura d’invincibilité telle que si quelque chose lui est dit, elle peut dès lors hurler à la mort qu’on la harcèle/agresse/juge/oppresse. Les fumeurs vont crier haut et fort qu’ils ”ont le droit’. Et nos ingénieures du placement vont elles clamer qu’il suffit de les contourner. Il fut un temps, où la première se faire bousculer, fait tomber son téléphone, le casse, se retourne, et se retrouve face à une foule alliée de la casse. Où les fumeurs se voient bouger par des serveurs voisins ou des passants, d’aller bouger plus loin. Où les envahisseurs de trottoir se voient prendre un tir de sommation en ”pardon” et si non action, un ”bougez vous le fion” à balle réelle.

Stratégie en Temps Réel

Ce manque de conséquences entraîne alors un chacun pour soi qui oblige tous nos logiciels à être en alerte constante. Plus aucun moyen de marcher la tête dans les nuages, désormais, il est nécessaire d’avoir une musique de boss constamment dans la tête. Esquiver les tête en l’air, slalomer entre les gens trop lents, éviter de bousculer ceux qui ont la tête dans le téléphone, voire, pire, dans un livre. Petit aparté, comment ? Et surtout, pourquoi ? Dans le train, certes, dans une salle d’attente, certainement, mais en marchant ? Certains sont braves. Ou cons. On marche donc avec la ferme intention de considérer l’espace public comme une tranchée, dans laquelle il faut naviguer avec prudence. Sous peine de se prendre quelqu’un, ou bien de tomber dans le dernier piège à la mode des itinérants, renverser un verre plein de pièces posé sur le sol, bien sur le chemin, se sentir coupable, et donner un billet en conséquence. Le terrain est bien miné de tous les côtés. Fini les accordéons à Paris, et les sonorités Amélie Poulin, la vraie bande son est la musique de Mario Kart.


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