
Aide-toy, le Ciel t’aidera.
Jean de la Fontaine
Il existe et subsiste depuis plusieurs années, de nombreuses formes d’invasion culturelle qui nous assiègent depuis le couloir d’Outre Atlantique. Celles ci, heureusement bien visibles, se délectent de la couillonnade ambiante pour vendre de l’huile de serpent à qui aurait le roucoulement le plus fort. Dans cette course à la connerie, on dénombre bon nombre de produits, et bienfaits, de trends et surtout, bon nombre de remèdes miracles à une population de plus en plus hypocondriaque et qui refuse catégoriquement de soigner son mal réel. Cette galaxie de mains invisibles dans nos têtes, et mains visibles dans nos poches, nous procure un de mes petits préférés, le self help. Incapables de traduire quoi que ce soit, nous n’avons même pas été capables de nous aider nous mêmes à chercher comment appeler cela en gaulois.
Quand je serai grand
Le passage à l’âge adulte fonctionne pour tout le monde d’une manière différente, et dans un degré variable d’une jeunesse à l’autre. Mais tous, techniquement, nous devons subir ce passage à niveau désagréable que la découverte des conséquences à nos actes, de la souffrance d’être responsable de nous même, et de devoir se confronter à un monde que l’on ne comprend pas, et qui ne nous comprend pas. Alors il y a forcément plusieurs écoles, il y a évidemment ceux qui ne grandissent jamais et qui deviennent des stars de la télévision, mais aussi celles qui ne grandissent pas et qui se marient à un vieux bourré aux as qui va échanger son illusion contre leur réalité . Il y a ceux qui grandissent trop vite, et qui sont obligés de voir défiler leur vie en accéléré et doivent réapprendre à vivre et fonctionner normalement après des années de galère interne. Il y a ceux qui choisissent de grandir en gros, qui rentrent très tôt dans le rang, dans les boîtes pré faites qui leur fournissent des idées, de la morale, des idéaux pré emballés, qui n’ont aucune goût, mais qui leur donnent les nutriments pour subsister. Puis il y a celles et ceux qui se perdent en chemin. Ceux qui croient avoir grandi, mais qui d’une manière ou d’une autre subissent d’un coup d’un seul un revers de la vie qui les laisse complètement paralysés. C’est l’odeur de ceux ci que l’arnaque de l’intrinsèque aime.
Chacun pour soi
Le principe est simple. Je te dis quoi faire sans te dire quoi faire, comme ça tu fais ce que je te dis, en te disant que c’est ton idée, et quand ça marche pas, parce que je ne t’ai fourni que la moitié des informations, et bien tu payes plus pour savoir plus. Mais au final, tu ne sais rien, car il n’y a rien à savoir. Tadaa ? ”Une rupture ? Ce n’est surtout pas de ta faute. Il faut JUSTE faire trois heures de yoga par jour, éviter tout dialogue constructif, manger sain, travailler jusqu’à l’os et détester tout ce qui est relié de près ou de loin au sexe opposé. Toujours triste ? Tu dois t’y prendre mal. ” Petit détail sympathique à l’apparition de ce genre de conseil, la personne qui les donne n’a aucune légitimité à les donner, si ce n’est une spécialisation factice dans un domaine en carton. Personnes qui commencent souvent leurs phrases par ”En tant que …”. ”En tant que spécialiste des relations hommes femmes, coach sportif et gourou de la pensée, je peux vous donner 18 conseils simples pour perdre du poids, améliorer votre productivité et tromper votre partenaire sans culpabiliser !” Tout est écrit pour aider les gens à être la version d’eux mêmes qu’ils veulent voir. Mais le tout est emballé dans un emballage qui demande de tuer un cafard avec une arme nucléaire. Deux choses, pas tout le monde n’a d’arme nucléaire à disposition, par exemple, les coachs sportifs qui créent des listes de conseils en oubliant de préciser leur dosage de stéroïdes et leur régime hautement anabolique. Et surtout, que le cafard qu’on croyait voir, n’est pas un cafard, mais un moucheron, qu’il suffirait de balayer d’une main pour faire disparaître.
Imagine
On en est donc là, on veut faire appel à des gens pour résoudre des problèmes par nous même, qui ne méritent que très très souvent, une solution simple. Mais la solution simple, elle est trop simple, et elle demande, roulement de tambour, une prise de responsabilité. Comme dirait le chef Etchebest, c’est con hein. C’est malheureusement aujourd’hui beaucoup plus simple d’aller demander de l’aide pour se donner de l’aide, que de regarder les choses en face. La maladie la plus répandue de nos jours, en dehors du socialisme de guerre, sont les maux de tête. Dans 60% de ceux ci, il s’agit de maux de tête non handicapants, ou mineurs. 16%, eux, sont considérés comme entraînant une gêne plus que forte, et empêche les gens de fonctionner. Dans un registre qui n’a rien à voir, du tout, un manque d’hydratation de seulement 2% peut provoquer des douleurs chez certains individus. Sans aller jusque là, on pourrait se dire que le premier réflexe serait, en cas de mal de tête, d’aller boire un grand verre d’eau, et attendre de voir ce qui se passe. Le moucheron qu’on dévie d’un revers de la main. Ou bien, s’allonger quelques dizaines de minutes, s’enlever une source de stress, et se détendre à l’ancienne. Écraser un cafard gênant. La tendance actuelle nous demande cependant d’ignorer toute source possible du mal de tête, et d’entamer un traitement en profondeur. C’est très bien de vouloir régler ses problèmes, et bien n’en fasse à ceux qui veulent avancer dans la vie. Cependant, lorsque l’on croise un connard le matin, ça arrive. Quand on croise un connard le matin et l’après midi, on a vraiment pas de chance. Après, si on croise un connard le matin, l’après midi, et le soir, c’est peut être nous, le connard. Et ça, aucun traitement ne peut le montrer, hormis peut être un miroir, et le fait de grandir. Compliqué.
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