
7h51 du matin. Un matin de semaine en région parisienne animé par un timide soleil qui peine à transpercer les mouvants nuages blancs qui laissent petit à petit leur place à des lueurs scintillantes. Des visages familiers apparaissent. Des formes habituelles, des mouvements et un ordre des choses maintenant ancré dans une routine qui squatte un quotidien sans laisser de date de départ. Et soudain, une voix s’élève. Au travers de la transmission tronquée, des bribes de son peinent à se faire entendre. Les écouteurs s’enlèvent. Les visages se crispent. Les regards se croisent. L’incompréhension est totale. Personne n’a rien compris. Alors tous les yeux se tournent à l’unisson vers les écrans. Le bas devient jaune. Le trafic est perturbé. La ligne va connaître des retards. Showtime.
A l’heure on danse
La beauté des transports Parisiens réside dans leur abondance. Il est impossible de rater un métro, il y en a en moyenne un métro toutes les cinq minutes sur les grandes lignes. Les stations sont séparées en moyenne de 500 mètres. Les lignes s’enchaînent et se croisent, on va où on veut, quand on veut. Mais cette fois ci, on ne parle pas du transport intra Parisien. Mais bien du transport ”Inter” Parisien. Le train de banlieue. Le RER. Un matin, comme un autre, il est donc de coutume de se retrouver à trembler de la lèvre inférieure aux annonces inaudibles de l’employée de la RATP à qui on n’a visiblement jamais dit que ses interventions tomberaient dans des oreilles sourdes. Le regard hagard, la vue biscornue et l’ouïe enfouie dans l’oubli, tous les passagers de ce quai sont maintenant suspendus aux probabilités invisibles de ce que tout le monde à ce moment là, redoute. Une perturbation, invisible, inconcevable, inexpliquée, qui vient entacher une matinée qui pour la plupart des quidams est déjà inscrite dans une classe qui ne compte que très peu de bons horizons. Cette fois ci, la perturbation se suspend. Une épée de Damoclès qui arrive avec deux minutes de retard. Comme à l’accoutumée, le bal se lance avec une nuée inutile vers un wagon à moitié vide, mais qui va pourtant dicter les prochaines vingt minutes, pour certains, une heure, pour d’autre, de leurs vies. Action.
Choose Life
Aux portes du train arrivant, s’amoncelle ma carcasse pas réveillée, mais surtout, Magalie, cadre RH dont la chemise a comme tous les matins bu un flacon entier de Thierry Mugler, qui qui fait la course pour pouvoir s’asseoir à sa place attitrée. Non contente de jouer le putois dans le wagon (à son entrée trois personnes se détournent de leurs téléphones pour voir d’où sort donc ce fumet) elle joue des genoux pour s’introduire à une place difficilement accessible. Une fois assis, j’ai maintenant le droit à Fatou, qui elle, joue du décalage horaire avec Bamako pour pouvoir jouir de la technologie téléphonique qu’elle aime tant. Amoureuse du combiné, mais allergique aux écouteurs, nous pouvons donc tous apprendre de son interlocuteur que ” Les cousins vraiment là * tchip *”. La discussion continuant, et les stations petit à petit s’enchaînent, et le wagon se remplit. A l’une d’elles, Armand, qui va à la défense, lui aussi nous offre un concert, mais lui, avec ses écouteurs. Les civilisations se rassemblent alors dans l’incapacité totale de concevoir et s’apercevoir qu’on brise les burnes de tout le monde. C’est fabuleux. Ne voulant pas lâcher le morceau de la fait chier tude, Jeremy et Karim, qui vont eux poursuivre leur cursus à Paris 3, eux ne peuvent s’empêcher de se montrer des snaps de meufs trop fraiches en gloussant comme des adolescentes pré pubères. C’est en général à ce moment là, que débarque Roman (nom d’emprunt) le rom à accordéon, et évidemment, Boubakar, le gars de la sécu du Monoprix qui travaille de nuit et qui rentre chez lui accompagné d’une odeur immonde de villageoise mal digérée.
Monde de Merde
Les portes s’ouvrent, le panneau de ma station me salue avec un rictus gêné et plein d’empathie. La foule sort, mais n’avance pas. Le fléau de la civilisation Parisienne est celui de la population banlieusarde qui a de la valeur pour son temps, et la population intra-muros qui prend le métro a un rythme freiné. Le bouchon se crée, et les banlieusards doivent Mario Karter entre les badauds du métro pour éviter de les Mortal Kombater. La course contre la montre s’engage, qui de moi, qui suis visiblement pressé, de Théo, qui lit son livre dans les escaliers qui ne l’est visiblement pas, ou de Léa, qui marche en zig zag en regardant son téléphone, va arriver à avoir le métro qui manifestement est en train d’arriver au quai. Tout le monde est lent. Personne ne bouge assez vite. Et tout le monde le rate. Je ne peux m’empêcher de lâcher un regard dépité à la caméra imaginaire qui filme ma vie. Je me dis qu’au fond, malgré tout ça, Dieu a bien dû rigoler.
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