
L’air est encore frais. La brume encore présente. Derrière le comptoir, les yeux concentrés, mais quand même chancelants du tenancier. Café à la main, et idées floues, on regarde sans conviction cet intérieur de bistrot dont la marée basse du matin stagne dans une odeur de tabac froid. Il y a ceux qui s’arrêtent pour une boisson chaude, et ceux qui se démarrent au ballon de boisson froide. Et au bout du comptoir, une voix monotone, raconte des inlassables histoires. De chasse, de sa femme, du patron, et, au bout d’un tour d’œil du tenancier, un énième récit de son exploit. Le magnum opus de Nanard au bout du comptoir. Les habitués hésitent entre rire, et soupirer. Il y a ceux qui savent à quoi s’attendre, et ceux qui tendent l’oreille. Au début, on hésite. Mais on se prend vite au jeu. Le récit est décousu, les souvenirs vagues, mais un jour, un jour il a croisé Belmondo, ils ont joué aux cartes, et ce dernier lui a tapé dans le dos et lui a offert sa montre. Son histoire, c’est de la merde. Mais il en est fier Nanard, il la raconte tout le temps. Elle est invérifiable, et les détails changent tout le temps. La tristesse ne tient pas dans l’histoire, elle tient dans le fait que depuis quarante ans, c’est la seule histoire jugée intéressante par un personnage qui s’enfile une demie bouteille de rosé avant d’aller travailler. C’est ça, sa fierté. En soi, pourquoi pas. Mais là où ça devient drôle, c’est lorsqu’il enchaîne sur le fait de dire qu’il a donné l’idée à Belmondo un scénario qui est devenu ensuite un film à succès, et pour lequel il n’a jamais été crédité. Mais ça l’intéresse pas Nanard il a fait ça pour la gloire. Une gloire qui n’existe que dans le fond de son verre à pied.
Décision de l’Empire
En 1853, les fonctionnaires déjà les fesses bien au chaud, ont reçu le droit de partir en vacances en gardant leur salaire intact. Les congés payés. Napoléon, souhaitant un Etat fort, voulait de ses fonctionnaires qu’ils soient traités comme des citoyens de première classe. En 1905, ce sont les Allemands qui font une percée sociale en introduisant les congés payés pour tous. (Dont la plupart des habitants vont avoir l’occasion de visiter la France quelques années plus tard). En France, sous cet exemple, environ deux tiers des Alsaciens y ont déjà droit. Des grands chefs d’entrepris, comme Charles Pathé, les introduisent déjà dans leurs entreprises. 1853, 1905, 1910 en Autriche, 1927 en Italie, mais alors Jamy, pourquoi est ce que la CGT crie haut et fort à quel point ce sont des héros du peuple si la France n’a adopté ce système pour tous qu’en 1936 ?
P’tit Ballon de Bullshit
Parce que la CGT, c’est Nanard. En 1936, lorsque le Front Populaire arrive au pouvoir, il se déclenche alors une vague de grèves massives des ouvriers Français. A l’issue de ces grèves, sont donc adoptées par le gouvernement les deux semaines de congés payés pour tous les travailleurs. Soit trente ans après les Allemands. Et aujourd’hui, lorsque l’on a le culot de critiquer les syndicats, on nous récite ce même refrain : Oui bah les congés payés c’est grâce aux syndicats ! Vraiment ? Des grèves massives des travailleurs qui ont poussé le gouvernement à adopter une mesure déjà mise en place dans quasiment toute l’Europe c’est l’œuvre d’une organisation qui se gausse en 2026 d’un accomplissement ayant eu lieu en 1936, par son action indirecte ? Cette même CGT qui se met en avant dans des métiers du tertiaire confortables en se comparant à leurs camarades qui défendaient les droits d’ouvriers qui travaillaient dans des mines et usines pendant dix heures par jour. Cette même CGT, dont le président en 2018 gagnait autant qu’un conseiller en investissement ou un architecte, après une belle augmentation de 6 000 euros par rapport à l’année précédente. Cette même CGT, qui s’enorgueillit de reprendre le travail de ses camarades en laissant la France être le pays qui connaît la plus grosse désindustrialisation d’Europe entre 1970 et 2020 avec une perte d’emplois de plus de 2,5 millions de postes sur cette période. Pendant qu’elle même soutient les employés et multiplie les plans d’actions.
Nous allons fêter cette année les 90 ans du seul fait d’arme des syndicats en France. Le seul fait d’arme qui est régurgité depuis ces mêmes 90 ans par les syndicats et leurs soutiens. 90 ans que les employés Français entendent au bout du comptoir de la couverture médiatique Française le vieux bourgeois engrossé de subventions et salaires mirobolants nous parler de solidarité et de lutte. Au bout de 90 ans, il est plus que raisonnable de dire à Nanard de fermer sa gueule.
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