
Quand on était petits, on nous apprenait la survie en nous martelant incessamment de regarder des deux côtés de la route avant de traverser. Un geste qui est rentré dans nos psychés telle un psy op des années 60, qui nous suit encore aujourd’hui. Les parents, l’école, l’église, les voisins, la famille, le village, toutes les sphères de la société se sont mises d’accord pour nous inculquer ce principe de survie simple mais efficace. Jusqu’à aujourd’hui. Comme l’ensemble de la société, tout a changé. Maintenant, on ne regarde plus à gauche, puis à droite. On regarde à gauche et à droite durant toute la durée de la traversée, tout le temps, partout. L’hypervigilance, ou l’évolution de la civilisation vers la barbarisation arrive alors aux portes à telle vitesse qu’il ne sera même plus nécessaire de regarder où que ce soit. Mais j’ai le droit! s’exclament les aveugles privilégiés qui causent tout cela. Ils ont le droit ! Crient les collabos qui n’ont aucune notion d’instinct de survie. On ne regarde plus comme avant, parce que ces bâtards de vélos ont le droit de rouler à contre sens.
Le beurre …
La boboïsation de notre colonisation a été telle, que l’on a donné le droit aux chevaliers modernes, chevauchant fièrement leurs vélos publics payés par la ville de Paris, d’avoir d’abord leurs vélos accessibles. Puis leurs pistes. Et comme cela ne suffisait pas, on leur a donné le droit de ne pas respecter la seule chose qui les empêchait jusqu’à lors, de ne pas nous faire tous sombrer, le code de la route. Alors on traverse la boule au ventre, on regarde partout, mais on manque quand même jamais de se faire taper par une RH qui rentre du travail à 15h30 et qui grille un rouge à contre sens en nous insultant. Le symptôme, car la maladie est ailleurs. J’ai le droit. Disent-ils fièrement. C’est nous les vraies victimes ! Chialent-ils, en montrant une affaire où un hors la loi zéro roues motrices se fait faucher par une voiture à vitesse ralentie. J’exige ! S’exclame le torse bombé un client mécontent, car son service à prix réduit sur son produit acheté à prix cassé est arrivé chez lui dans les deux mêmes conditions que son achat. Salaire minimum sous le bras, l’équipier du magasin s’efforce de lui expliquer que ces choses là arrivent, mais le saint client ne l’entend pas de cette oreille, et souhaite être dédommagé à la hauteur de la valeur de la maison de sa grand mère. Oh ça va ! S’étonne la comptable restée assise sur les strapontins durant les heures pleines des métros bondés parisiens. Elle aussi à le droit de s’asseoir, elle est fatiguée, elle aussi. Tous, ont en commun le fait que la société leur donne raison, être un connard, ça paye.
… et le bail de la crèmerie du voisin
Parce qu’au final, on en est là. Le problème ne sont pas les règles. Ce ne sont pas les lois. Car si les sermons des turbo bobos de la ville à la lumière éteinte avaient été accueillis par une grosse gifle à travers les lunettes rondes et un chassé dans le vélo cargo, personne ne le ferait. Si le client n’avait pas en tête que tout lui est dû, il serait peut être plus compréhensif, et plus aimable. Si la comptable avait bien fait son calcul avant de rentrer, elle aurait peut être compris que les gens ne sont pas entassés par plaisir. On laisse faire les comportements complètement décalés, avec la violence qui s’en suit, sans rien faire, pour ne pas déranger le statu quo. Mais on laisse aussi faire les débordements de caractère qui entraînent les désagréments de tous les jours. On ne réagit plus, et on en fait trop. On ne regarde plus à gauche, puis à droite. On regarde des deux côtés. Peut être faudrait-il empêcher les comportements violents, et oser foutre le clodo qui se balade tout nu dans la rue et qui agresse les filles en prison. Et oser dire à ce client qui exige tout, qu’il n’aura rien, et que son seul droit, est de na pas être un connard, et regarder à gauche. Peut être qu’il faut comprendre que le métro est bondé pour tout le monde, avaler son confort le temps du trajet. Peut être qu’il faut comprendre que rouler à contre sens est contre productif, et dangereux, et regarder à droite. Peut être qu’être manichéen, ne suffit plus. Il faut savoir être gentil ET méchant. Et pas qu’avec une certaine partie de la population comme on le dit souvent à la télé, mais dans toutes les sphères de la société. Peut être faut-il revenir au temps où on pouvait regarder à gauche au début, puis à droite après. Tout cela, pour survivre correctement.
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